Tout ça pour ça… Pourtant, tout le monde y croyait. Tout le monde voulait y croire. Et puis, cette terrible désillusion. C’était trop beau. A repenser à la manière avec laquelle il avait giclé pour se détacher du groupe des favoris et aller s’imposer à Bagnères-de-Bigorre après l’avoir déjà emporté à SuperBesse, il ne pouvait en être autrement. L’attaque était froide et foudroyante comme le personnage, la morsure laissée, profonde. Un grand moment de sport puis immédiatement la suspicion… A juste titre, ce que nous allions savoir plus tard. La réaction de Rémi Di Gregorio, à la fin de l’étape qui a vu la victoire de l’Italien annonçait déjà la déchéance du coureur. A la question « qu’est-ce que Ricco a de plus que les autres ? », il ne répondit rien hormis qu’il fallait lui demander. C’était dit. C’était écrit. Etrange depuis le départ, l’Italien se sentait persécuté par les contrôleurs qui l’avaient à l’œil. Il se sentait pris, pris à la gorge, lui le serpent, jusqu’à vouloir leur échapper. S’échapper, il sait si bien le faire à vélo. Mais cette fois-ci, il n’en fût rien. Pour avoir conjugué au cyclisme un élément qui lui était étranger, il en sera banni. Celui qui aurait pu faire « cocorico » a fait pschitt. Le bruit d’un champagne au goût de bouchon. Il a décidé de suivre une voie différente de celle des autres coureurs. Une autoroute, sur laquelle il s’est fait rattraper.
Dommage, nous dit-on ! Finalement peut-être pas. C’est même sans doute une bonne chose. Cela prouve que l’on est sur la bonne voie pour éradiquer les tricheurs. Qu’est-ce qui a donc bien pu piquer le cobra pour qu’il se dope ? Les coureurs avaient été prévenus. Le renforcement des contrôles rendaient les choses plus compliquées pour ceux qui avaient encore l’envi de trahir leur sport. Et le serpent qui pensait se faufiler entre les mailles du filet, a été pris alors qu’il croyait prendre. Il a certes fini par perdre mais son venin est venu contaminer un peu plus le cyclisme, le temps d’un tour. Un petit tour et puis s’en va, le temps que nous détournions notre regard de celui qui l’avait attiré. Ricco n’a qu’un seul mérite qui est extérieur à lui : il est la preuve vivante que les contrôles fonctionnent et que le gouffre qui séparait naguère les tricheurs des coureurs propres s’est réduit.
« On ne peut pas vouloir un cyclisme propre sans nettoyer le cyclisme » disait Patrice Clerc, président d’ASO, au soir de l’annonce du contrôle positif. Il a raison. Mieux vaut entendre cela plutôt que de faire comme si le dopage avait tout bonnement disparu d’un coup de baguette magique, ou qu’il n’était plus que le réflexe des anciens ou de certains coureurs espagnols. Quelle naïveté ! Des affaires similaires viendront encore frapper le tour. Des maux nécessaires à sa guérison.
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